Quitter Pékin ou l'expérience inédite du train en chine !
Grand départ de la capitale pour la ville qui va m'accueillir pendant les deux mois et demi restants. Pour ce faire, j'ai décidé de faire la route en train, car j'avais vraiment envie de gouter au folklore des trains moyenâgeux surchargé. Je m'imagine me retrouver au milieu d'un wagon où enfant, grand-père et partie de backgammon remplissent les lieux de brouhaha. Je me vois respirer l'odeur de thé au jasmin qui se répand lorsque l'hôtesse verse l'eau chaude dans les innombrables gourdes des voyageurs. Debout dans le couloir face à un compartiment je pourrais regarder les paysages pendant qu'un relou m'enfumera avec sa clope et sa fenêtre ouverte ! Bref, ça c'est ce que je m'imaginais après avoir vu « des trains pas comme les autres » sur la Chine, une émission du genre de Thalassa, mais pour les trains… Et bien, figurez-vous que je me suis bien brossé…Déjà en arrivant à la gare, je me suis dit qu'il y avait un truc qui clochait, tout laissait penser que je me trouvais dans un aéroport ! Je passe par un détecteur de métaux et scan au rayon X de mes bagages avant d'attendre à une porte d'embarquement. Tout est traduit en anglais, il est impossible de passer plus de 10 minutes à douter sur la route à suivre! Bref pas du tout comme je l'imaginais ni comme on me l'avait fait entendre…
Une fois la porte « d'embarquement » grande ouverte, votre billet est passé au scanner et vous pouvez descendre. Et là nouvelle surprise, le train est la fusée Ariane en personne.
Un peu perdu avec mon sac à dos et ma valise, je manque de peu de tomber dans une bouche d'égout restée ouverte et non signalée. On sent quand même de temps en temps avec ce genre de gags qu'il y a un truc qui cloche !
À l'intérieur, c'est royal ! Bien plus spacieux que nos wagons de TGV, je me retrouve dans un siège ultra confortable avec de la place pour mes pieds et un bord de fenêtres pour accoudoir surdimensionné. Je me rends compte que mon billet à 30 € (les 6 h de train) est un billet « première classe ».
Je me retrouve à côté d'une petite fille qui au bout d'un certain temps commence à me parler : « What's your name ? ». Tout content, je crois que j'ai affaire à une bilingue, je déchante vite quand elle ne comprend rien de ce que je lui réponds… Elle est vraiment marrante et veux caser tout ce qu'elle a appris à l'école. J'ai le droit à « what is your favourite hobby? » ou « what is your favourite colour ?». Bref, j'essaie de la faire rigoler un peu et de lui faire la conversation, mais la communication reste quand même bridée…
Par la fenêtre, je n'ai le droit qu'à 2 h de lumière avant le coucher du soleil. Je regrette vraiment de ne pas en avoir eu plus, car ce que j'ai pu voir en périphérie de Beijing remet vraiment en place et se qualifierai d'« envers du décor ». Pour exemple, le train passe à proximité de plusieurs bâtiments qui semblent être des immenses usines où le dédale de ruelles abimées rappelle des scènes de guérillas urbaines. Dans des coins, des immenses lots d'emballages ou de pièces quelconques s'entassent. Plus loin, c'est une installation de tri des déchets. Des tas d'ordures sont isolés par un minuscule muret. Je crois voir comme des marais salants… mais je me rends compte qu'il s'agit d'immense centre d'enfouissement et que les strates sont partiellement comblées.
La nuit tombe et je me concentre vers l'intérieur du train. Je constate qu'il y a un petit panneau lumineux qui affiche la vitesse instantanée du train : 245 km/h sans faire un bruit, facile ! Curieux, je me lève pour voir à quoi ressemble le reste du train. Je tombe d'abord sur les toilettes ! La partie « intime » est tout automatisée et la chasse d'eau est activée par détecteur de mouvement. Un fois les mains sales, vous sortez et allez direction le lavabo qui est sur l'autre flanc du wagon. Pas-de-porte, c'est open lavabo et par n'importe lequel ! Un détecteur de mouvement vous permet de savonner, rincer, et sécher vos mains a même le lavabo !!!
Bref, après avoir fait l'enfant, je continue ma visite et je tombe sur la 2ème classe. Pas de scandale, un siège de plus par rangé et effectivement moins d'espace, mais toujours pas de folklore en vue ! J'arrive au wagon-bar qui ressemble étrangement à ceux de nos TGV (merci Alstrom). Là, j'essaie de comprendre ce que fabrique un vieil anglais grisonnant à parler pendant 20 minutes à moitié chinois à moitié anglais à l'hôtesse du train. Je comprends après un certain temps qu'il donne des cours d'anglais à ce staff fraichement anglophone.
Le staff maitrise parfaitement l'anglais pour les taches courantes « can I see your ticket, please! » ou encore « your luggage is too heavy can you put it on the luggage special room ! », mais il ne savant pas ce que veut dire « tea » et ne voulant pas me retrouver avec une bière en plein milieu de l'après-midi j'ai laissé tombé la version chinoise.
Encore une fois comme dans l'avion, quelqu'un passe avec un chariot et vous propose des trucs à manger. Je tente un truc qui me semble être un immense paquet de caramels ! Quand j'en propose à la petite fille, elle refuse poliment ! Quand je croque dedans, je comprends… c'est un espèce de goût indescriptible… comme du caoutchouc qui aurait trempé des années dans l'huile et le poivre ! En voyant ma tête la petite fille et deux trois curieux explosent de rire… Je me retourne et propose à mes voisins de leur filer l'énorme paquet, mais tout le monde semble étrangement refuser…
22 h, le train s'arrête et je me retrouve sur le quai de l'immense hall de gare de Qingdao ! Papier avec l'adresse de mon auberge de jeunesse en main, je suis la foule qui évacue les lieux à la recherche d'un taxi.

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