Conférence à Montréal
Le jour J, vendredi 7 novembre, nous partons le matin. Nous sommes 5 mais, je ne sais pas pourquoi, un van identique à celui utilisé par l'équipe de Rugby a été loué pour le week-end. Un immense Chinois un peu hésitant prend le volant à côté de Caty, une Iranienne. Je suis tout au fond, avec mon baladeur, juste derrière Ajit et Sarah, une autre Chinese du groupe. Pas un seul vrai canadien à l'horizon. À part Ajit, ils ont tous plus de 35 ans et sont encore étudiants. Diplômés dans leur pays, ils ont apparemment dû tout recommencer une fois au Canada. Pour les deux Chinois, le fait de ne pouvoir avoir qu'un seul enfant en Chine motive apparemment leur expatriation.
Le conducteur est épouvantable. Je crois que je ne me suis jamais encore retrouvé dans la voiture de quelqu'un qui conduisait aussi mal, alors, imaginez le sentiment que j'avais en me disant que ce type allait se taper 14h de conduite dans le week-end, avec nous tous à l'arrière ! L'Iranienne a su faire grandir mon début de mauvaise humeur quand elle a commencé à mettre la clim à fond dans la voiture pour soi-disant éviter que le conducteur s'endorme… Résultat : il faisait -1000°C dans la voiture, obligé de faire une sieste avec mon gros manteau de ski ! 7h et 8000 mille frayeurs plus tard, nous voilà à peine garé à 10 mètres de l'hôtel, que Dong Foo tente de refaire son créneau dans une petite ruelle, en oubliant de regarder si un taxi ne passait pas à ce moment-là. Le crissement des pneus de ce fameux taxi a réussi à me faire passer du stade inquiet à celui de désespéré pour le chemin du retour…
Encore une fois, je me retrouve dans un hôtel 4 étoiles, tous frais payés, et je suis surpris d'avoir le droit à ça, en étant juste en mode touriste. Après une douche pour se débarrasser de ce qui reste de mes précédentes sueurs froides, nous sortons pour aller manger quelque part. Voulant me la péter un peu, je demande en français à un passant un coin sympa pour aller manger. Mes collègues me regardent un peu comme je devais le faire, quand un copain changeait en 2 secondes de langue, pour parler en arabe, allemand ou anglais à ses parents. Après le repas nous rentrons tranquilou à l'hôtel où Ajit reste 4h au téléphone avec sa copine pendant que je souris en entendant l'accent de la télé québécoise.
Le lendemain, le temps n'est toujours pas au top, nous allons donc jusqu'à la conférence sous un parapluie. L'endroit est une espèce d'immense hangar à la sauce architecture moderne. À l'intérieur une file d'attente se dessine pour payer les droits d'entrée. Une fois à l'intérieur, un buffet de viennoiseries et du café nous permet de prendre notre petit déjeuner. Dès que tous les participants semblent être bien arrivés, aux yeux de Régine (l'organisatrice), celle-ci prend les choses en main et appelle tout le monde à se réunir pour la première présentation.
Les interventions d'1h sur des sujets divers et variés autour de l'électrochimie s'enchaînent et je n'arrive pas à rester concentré plus de 5 minutes tellement ça me passe au dessus de la tête. Certains intervenants semblent vraiment barber tout le monde, car autour de moi, beaucoup de paupières se ferment en synchronisation avec un basculement de tête. Le plus agaçant est que certains beaux parleurs ne semblent ne vouloir s'adresser qu'aux auditeurs du premier rang et je me rends compte à quel point c'est moche d'avoir à écouter un type avec un accent français. 8h de speech plus tard je n'en peux plus et il est temps de passer à la présentation des posters.
Du fromage, du pain et du vin attirent les gens vers cette exposition de projets électrochimiques. Des étudiants attendent devant leur affiche pour présenter leurs travaux. Imaginez une soixantaine de sujets différents et un jury qui doit se farcir l'explication de chaque étudiant pour élire le meilleur et tout ça après 8h de talk… Malgré tout, c'est la raison pour laquelle mes collègues étudiants ont fait le déplacement, alors forcément ils attendent beaucoup du fameux passage du jury devant le poster. Il est marrant de voir que les posters les plus observés sont ceux des étudiantes les plus séduisantes. Pendant ce temps-là, je rigole avec Ajit en buvant quelques verres de vin blanc. Il m'explique un peu qu'en fait son projet a de la valeur surtout à cause de son superviseur qui est particulièrement connu dans le milieu... En me baladant, je découvre que des étudiants ont travaillé sous la tutelle d'un prof de Polytech'Nantes comme quoi, le monde est petit !
Après l'heure de balade du jury, Ajit est complètement bourré et me fait rire à se foutre pertinemment de l'enjeu du concours. Au moment du verdict final, la fille la plus jolie de notre groupe gagne le premier prix (100$) mais lorsque Régine annonce « Michal » pour le prix spécial du jury, personne ne sait de qui il s'agit… jusqu'à ce qu'un des membres, particulièrement impressionné par le superviseur d'Ajit, rompe le silence pour lui dire « c'est toi, c'est toi »! Roh, je n'ai jamais autant rigolé de la journée : le voir récupérer son prix, ivre, au bord du fou rire, avec l'air de ne pas véritablement comprendre ce qui se passait, était magique ! Ajit reçoit, lui aussi, un chèque de 100$, mais pour le groupe… enfin, après 10 minutes, le mec du jury qui faisait les chèques revérifie le montant de celui d'Ajit et doit en refaire un autre, car le montant était de 10 000$... comme quoi il n'y a pas qu'Ajit qui avait abusé du vin rouge.
Le soir nous décidons de suivre les Chinois dans le Chinatown québécois pour un buffet. Nous choisissons un restaurant mongolien. La cuisine est basée sur une cuisson au bouillon. Une plaque chauffante réchauffe cette soupe où l'on y jette gambas, lamelle de bœuf et autres champignons. Je me régale surtout avec les fruits de mer alors qu'Ajit et Cathy font la grimace devant cette nourriture. Au final, ça m'aura au moins rassuré sur le plan de la bouffe que je vais pouvoir trouver en chine.
En rentrant à l'hôtel, Don Foo glisse sur une plaque de verglas et s'étale violemment sur ses 2m10 de hauteur… Une fois dans notre chambre Ajit repasse un million d'années au téléphone pendant que je m'endors, épuisé de ne pas avoir pu le faire dans la journée, sur ma chaise.
Le lendemain, je me réveille en mode grognon à 7h, car Cathy tape contre le mur pour nous réveiller (un dimanche matin, le scandale). Elle est insomniaque alors elle s'ennuie ! Pendant la nuit Sarah nous a programmé une visite des 11 endroits les plus touristiques de Montréal, rien que ça ! Et bien sûr, excursion à finir dans la matinée (re-mauvaise humeur). Bon, une fois qu'on a réussi à lui faire entendre que ce n'était pas possible, on s'est baladé sans contraintes dans Montréal, en allant jusqu'au port. La ville est belle avec des quartiers anciens assez particuliers. On retrouve le style des rues parisiennes à certains endroits, chose que je n'avais jamais vu au Canada auparavant.
Avant de reprendre la route, nous voulons observer un beau point de vue depuis le haut du « Mont Réal ». Après avoir passé 3h à tourner en rond avec un Dong Foo paniqué, nous trouvons enfin le moyen de garer la voiture et de grimper là haut. La vue est plutôt sympa et cette terrasse qui donne sur la ville me rappelle un peu celle du parc Gruel à Barcelone.
Notre retour de 7h s'est bien passé, malgré deux ou trois très grosses frayeurs qui, après coup, faisaient rire tout le monde sauf moi…

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